La logistique, un enjeu stratégique au cœur de la souveraineté des acteurs publics et privés

Fin mars, l’Ever Given, un porte-conteneurs de plus de 220 000 tonnes obstrue le canal de Suez. 10 % du commerce maritime international y transite quotidiennement. Conséquence : un retard considérable dans les livraisons et une flambée des coûts logistiques de plus de 45 %.  Autre sujet d’actualité : l’approvisionnement en vaccins contre la Covid-19.

De la livraison au stockage, à l’acheminement vers les lieux de vaccinations, c’est la réussite même de la stratégie vaccinale du pays qui est en jeu. Au-delà de l’enjeu sanitaire, chaque semaine de retard pourrait coûter sept milliards d’euros à l’économie française selon l’assureur-crédit Euler Hermes.

Ces deux épisodes démontrent à quel point la logistique, loin d’être d’un sujet technique réservé aux industriels, est l’affaire de toutes et tous, y compris consommateurs et citoyens.

La logistique, un instrument de combat

La logistique est un sujet de performance opérationnelle. Elle s’évalue, par exemple, au regard de la satisfaction des clients. Dans un monde 4.0 où l’instantanéité fait loi, c’est également un enjeu de compétitivité. Amazon l’a bien compris qui a fait de la livraison un avantage concurrentiel stratégique. Mais la logistique n’est plus uniquement un sujet d’approvisionnement ou de distribution, elle est aujourd’hui un segment de l’économie à part entière, une nouvelle industrie, tant elle regroupe des intérêts économiques, sociétaux et régionaux. Enjeu de gain de parts de marché hier, elle est un instrument de « combat » dont la victoire se traduit en termes de souveraineté industrielle et nationale.

Au premier plan, l’évolution des modes de consommation accélérée par la situation sanitaire. L’essor du commerce en ligne, principal bénéficiaire du contexte, a eu un impact considérable, tant pour les pure players que pour les commerces traditionnels, sur la gestion de leurs supply chains. Idem pour les magasins de proximité, privilégiés au détriment des grandes surfaces. Cela a entraîné une intensification des flux de colis et une demande accrue de sites de collecte. Alors que la logistique représente 10 % du CA d’une entreprise – dont la moitié en transport -, c’est toute notre chaîne de production qui est en jeu.

Dans un contexte de flux tendu, être moins dépendant de sourcing trop éloignés, c’est s’assurer une livraison régulière et maîtrisée. Les industriels doivent ainsi repenser et optimiser leurs schémas d’approvisionnement pour éviter les pénuries. D’un point de vue environnemental, avec 20 tonnes de livraison par an par habitant européen, relocaliser ses approvisionnements permet de réduire l’empreinte carbone. Un argument non négligeable pour des conso-citoyens de plus en plus exigeants sur le sujet.

Notons qu’à ce titre, le marché de l’immobilier ne s’y trompe pas. Les entrepôts ont confirmé en 2020 leur attrait auprès d’un nombre d’investisseurs toujours grandissant. Bien qu’en baisse sur l’ensemble de l’année, le niveau d’investissements sur ce segment reste très satisfaisant, plaçant la France juste derrière l’Allemagne, à égalité avec le Royaume-Uni.

La logistique, un enjeu de souveraineté 

On ne peut que se réjouir de ces tendances de fond qui sont autant de pas vers l’autonomie et la souveraineté. Cela met à jour le fait que l’efficacité et la maîtrise de la logistique sont un enjeu majeur qui doit être intégré de manière stratégique dans les politiques publiques et privées.

Alors, que faire ? Il est urgent de réformer les procédures administratives françaises trop complexes et laborieuses. Il s’agit, d’une part, d’intégrer les lois climat et aménagement des sols, d’autre part, de simplifier et de concentrer les modes d’instruction et de consultation des projets pour gagner en rapidité.

Il est urgent d’intégrer la logistique dans les priorités au plan national et régional. Nos régions sont riches en ressources et savoir-faire. Relocaliser, développer le maillage des territoires, c’est l’opportunité de décentraliser l’économie, de créer de la valeur et des emplois pour redynamiser des bassins sinistrés.

Il est urgent de déléguer la construction de sites logistiques à des professionnels. Ces spécialistes sauront intégrer tous les paramètres et les enjeux liés à ce secteur, pour permettre aux entreprises de se concentrer sur leur cœur de métier.

En conclusion, la logistique n’a pas changé de destination mais elle se regarde et s’appréhende aujourd’hui à travers un nouveau prisme intégrant toutes les composantes : écologie, économie, emploi, transport et territoires. Il est temps de mieux la considérer et de la mettre en valeur comme composant indissociable de notre protection et de notre liberté.

The post La logistique, un enjeu stratégique au cœur de la souveraineté des acteurs publics et privés first appeared on ProcuRSS.eu.

Menu