Lancé comme une blague, le dogecoin a tout… pour le rester

Entre son logo à tête de chien Shiba Inu, sa communauté très animée et l’intérêt médiatique que lui accorde Elon Musk (Tesla), le dogecoin a de quoi surprendre. Imaginé comme une blague en réaction à la prolifération du nombre de cryptomonnaies au début des années 2010, il ravit aujourd’hui les amateurs de haute volatilité. En passant de cinq centimes de dollars début avril à plus de 70 centimes lors de son plus haut le 8 mai, l’évolution de son cours, retombé à 18 centimes le 23 juin, a attiré tous les regards.

A raison ? “Le dogecoin n’a aucun intérêt et n’a malheureusement pas disparu”, tacle d’emblée Manuel Valente, directeur du courtier crypto Coinhouse. Au-delà de son exposition médiatique, Dogecoin n’aurait pas d’utilité : ni pour sa fonction de cryptoactif, ni pour sa blockchain. Mais sa forte valorisation (23,6 milliards de dollars le 23 juin) et l’attention qu’il suscite interrogent tout de même sur son potentiel. Dans un tweet du 14 mai, l’excentrique PDG de Tesla a même assuré travailler avec les développeurs de la blockchain pour en améliorer le fonctionnement.

Working with Doge devs to improve system transaction efficiency. Potentially promising.

— Elon Musk (@elonmusk) May 13, 2021

Dans la foulée, la plateforme d’échange Coinbase Pro et la néobanque Revolut ont décidé de référencer la cryptomonnaie. De quoi apporter davantage de confusion sur l’intérêt du dogecoin.

De la spéculation plus que de l’investissement

Pour de l’investissement de long terme, le dogecoin fait face à une difficulté majeure. Parmi les actifs en circulation, 28% sont détenus par une seule personne, dont l’identité n’est évidemment pas connue du fait de l’anonymisation des transactions sur la blockchain. Si cet individu décidait de vendre ses actifs, le cours s’effondrerait par un effet domino. “Pour qu’un fonds veuille investir dans le dogecoin, il faut qu’il soit assuré que personne ne fera baisser le prix de 25% parce qu’il possède une grosse part”, résume Quentin de Beauchesne, animateur de la communauté CryptoFR.

Le dogecoin n’est donc pas une valeur suffisamment fiable pour les adeptes du value investing, mais sa forte volatilité attire les esprits les plus spéculateurs. Fondateur de la société d’investissement dans les cryptomonnaies JustMining, Owen Simonin rappelle que “fantasme ou pas, il vaut de l’argent”. Jusqu’à quand ? Impossible d’anticiper l’évolution de son cours, très fortement animé par la vie de la communauté Dogecoin. Elle compte 2,1 millions de membres sur le site de discussions Reddit, la plaçant entre Ethereum (1 million) et Bitcoin (3 millions).

Un moyen de transaction fragile

Si la blockchain est médiatisée sous l’angle de la spéculation, elle reste techniquement un instrument fonctionnel pour effectuer des transactions. Reste à savoir si les consommateurs s’en saisiront pour régler des achats. En l’absence d’organes centraux de contrôle, ce sont les utilisateurs qui décident des usages dans le monde des cryptomonnaies : “Si demain 90% des clients veulent payer avec, je l’accepterai, s’exclame Owen Simonin. Tant que je peux l’échanger contre du dollar, c’est bon.”

“Si on veut faire des achats, on va utiliser des stablecoins”

Qu’en est-il aujourd’hui ? Peu de chances que le dogecoin devienne un outil crédible pour régler ses achats. En tout cas sur le papier, il ne semble pas aussi adapté que son grand frère le bitcoin. “La base du bitcoin c’est le paiement, il est indéboulonnable avec l’ethereum. Il faudrait trouver un cas d’usage un peu différent pour faire sa place”, analyse Quentin de Beauchesne. Le bitcoin bénéficie en effet d’un avantage technique par rapport au dogecoin, qui tient surtout à la qualité de son développement. Le réseau Lightning de sa blockchain permet d’effectuer des transactions de manière instantanée, illimitée et avec des frais négligeables de l’ordre de 0,000007 euro selon Coinhouse.

Reste que, malgré leur attrait technique, le bitcoin comme le dogecoin présentent des inconvénients par nature. “Le dogecoin ne peut pas avoir une place dans les transactions. Si on veut faire des achats, on va utiliser des stablecoins”, assure Manuel Valente. Ces cryptomonnaies, dont le cours est stable, resteraient le meilleur compromis pour assurer des échanges sans variation de montant entre les pairs.

“Bitcoin en moins bien”

La blockchain ne se limitant pas à la fonction de cryptomonnaie, Dogecoin pourrait très bien supporter d’autres projets, à l’instar des smart-contracts. Mais sur ce point, il ne fait pas non plus rêver. “En soi, c’est un fork (un variant d’une autre blockchain, ndlr) de Bitcoin, mais en moins bien. C’est un Bitcoin qui n’est pas à jour au niveau du code”, précise Quentin de Beauchesne. Quand bien même Elon Musk investirait des fonds pour le développement de Dogecoin, “il faudrait repartir à zéro” pour Owen Simonin. Et Manuel Valente d’enchaîner : “Ça serait une absurdité. Si Musk a de l’argent à investir dans le monde de la crypto, il y a Ethereum 2, il y a de quoi faire. Pas une techno de 2013.” Fin de la blague.

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