Obsolescence programmée : jeter ou recycler ?

Nous avons tous au fond d’une cave ou d’un grenier un vieil appareil électroménager, une vieille télévision, un vieux four ou même un frigidaire, qui fonctionnerait si l’on venait à le rebrancher, avec son apparence vintage en plus. Comment se fait-il donc que ces produits survivent en moyenne un demi-siècle quand les nôtres sont changés tous les cinq ou dix ans. C’est ce que l’on appelle l’obsolescence programmée, dénoncée depuis longtemps par les associations de consommateurs, et sanctionnée depuis peu dans le droit.

Si l’on reprend la définition Larousse, l’obsolescence est la dépréciation d’un matériel ou d’un équipement avant son usure matérielle ; programmée signifie que celle-ci est planifiée, déterminée à l’avance. L’obsolescence programmée est donc une stratégie industrielle visant à programmer une durée de vie limitée à un produit. Sont concernés tous les objets du quotidien comme l’électroménager, mais aussi les appareils informatiques comme notre smartphone. L’objectif de cette pratique totalement illégale étant de pousser le consommateur à acheter encore et encore dans cette logique aussi contemporaine que superficielle.

Les entreprises ont mis en place différentes techniques pour prévoir l’obsolescence de leurs produits : soit en limitant directement la durée de vie de certaines pièces avec des matériaux peu robustes, soit avec des logiciels qui ne peuvent être mis à jour, soit encore en rendant certaines réparations impossibles ou trop onéreuses. De manière plus subtile, ce sont parfois les services après-vente qui sont inexistants ou les pièces nécessaires à la réparation qui n’existent plus. Deux exemples.

En 2017, l’association Halte à l’obsolescence programmée a porté plainte contre les fabricants d’imprimantes qui auraient délibérément raccourci la durée de vie de leur marchandise indiquant que les tampons de l’imprimante ou les cartouches étaient en fin de vie alors que ce n’était pas le cas.

On pense aussi aux lourdes mises à jour sur les iPhone rendant les anciens modèles de moins en moins performants et forçant à acquérir le dernier modèle (en 2020, Apple a d’ailleurs été condamnée à une amende de 25 millions d’euros, au même titre qu’en 2018 par l’Autorité de la concurrence italienne à hauteur de 10 millions d’euros).

Ces pratiques illégales se sont tellement rependues qu’en 20 ans, la durée de vie des ordinateurs a été divisée par trois, au mépris – paradoxal – des avancées technologiques sans doute encore plus importantes.

Réduire la pollution

Les conséquences néfastes de tels comportements sont multiples. Au-delà de placer les consommateurs que nous sommes en véritables esclaves, c’est à une pollution sans précédent à laquelle on livre notre planète. Comptez dans le monde 50 millions de tonnes de déchets électroniques rejetés chaque année, et dont on laisse imaginer les conséquences dévastatrices pour les générations futures. Face à ce constat, les gouvernements n’ont eu d’autre choix que de tenter d’apporter une réponse légale.

En France, le législateur est intervenu par la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, ayant conduit à la création du délit sanctionné à l’article L. 441-2 du Code de la consommation et suivants : « est interdite la pratique de l’obsolescence programmée qui se définit par le recours à des techniques par lesquelles le responsable de la mise sur le marché d’un produit vise à en réduire délibérément la durée de vie pour en augmenter le taux de remplacement. »

La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire est venue élargir le champ de protection des consommateurs, en intégrant la réparabilité d’un produit à ses caractéristiques essentielles. Depuis le 1er janvier 2021, il est possible de trouver un « indice de réparabilité » sur certains de nos produits (lave-linge à hublot, smartphones, ordinateurs portables, téléviseurs et tondeuses à gazon électriques).

Parallèlement, la lutte contre la pratique de l’obsolescence programmée des produits est un objectif juridiquement consacré au sein du Code de l’environnement (à l’article L. 541-1). Cette démarche s’inscrit d’ailleurs dans la même logique que la volonté d’Emanuel Marcon d’intégrer la protection de l’environnement dans le premier article de la Constitution.

En dépit de ces avancées juridiques, les consommateurs n’en sont pas informés pour autant : où déposer plainte, comment apporter la preuve, et notamment cette intention de créer l’obsolescence programmée d’un constructeur ? D’où l’intervention d’associations de consommateurs fédérant les victimes de ces pratiques. L’exemple récent étant l’association l’UFC Que Choisir déposant plainte en septembre 2020 contre la société Nintendo.

Raison pour laquelle l’opinion doit encore se mobiliser pour prendre conscience des recours s’offrant à elle, faute de quoi – à défaut de plaintes – les entreprises n’auront aucune raison de cesser leurs pratiques dommageables à l’intérêt général. Autant d’éléments qui font écho à l’impératif de réfléchir à notre manière de consommer, d’acheter mieux, durable et donc de façon éclairée.

The post Obsolescence programmée : jeter ou recycler ? first appeared on ProcuRSS.eu.

Menu