Vélos, trottinettes… Chez les VTC, la bataille des intégrations est lancée

Après avoir laissé Uber les devancer sur le sujet, FreeNow et Bolt se rattrapent sur l’intégration des services de mobilités. Le fait de proposer des trajets en trottinettes, vélos ou scooters en libre-service a été initié par Uber à partir de 2018 avec le rachat de la start-up de vélos électriques Jump, puis les intégrations des trottinettes de Lime et des scooters du français Cityscoot. Certes, Uber est depuis partiellement revenu sur cette stratégie, en vendant Jump à Lime en échange d’un investissement pour se décharger des coûteuses opérations de ces services et revenir à un modèle de commissions prélevé sur des services opérés par d’autres. Toujours est-il que les autres VTC commencent à ressentir la pression de ce bouquet d’offres et se doivent de proposer eux aussi davantage de services.  

“Le secteur des VTC traverse les mêmes évolutions que l’hôtellerie ou l’aérien, avec des plateformes qui deviennent de plus en plus des marketplaces“, constate Dimitri Tsygalnitzky, directeur France de FreeNow (ex-Kapten). “Au départ, les VTC se sont appuyés sur des intégration à Google Maps ou Citymapper pour se faire connaître. Le secteur des micro-mobilités suit la même tendance et s’appuie aujourd’hui sur les VTC”, poursuit-il. FreeNow a signé trois partenariats d’ampleur sur ce sujet. Le premier avec l’opérateur de trottinettes allemand Tier, vainqueur des appels d’offres parisien et lyonnais et très présent en Allemagne. L’appli FreeNow (qui propose du VTC issu de son rachat de Kapten ou du taxi selon les pays et législations) intègre désormais les trottinettes de Tier dans huit villes allemandes, ainsi qu’à Paris, Lyon, Bordeaux et Saint-Quentin en Yvelines de ce côté-ci du Rhin.

Bolt investit 100 millions d’euros

En Allemagne, FreeNow intègre également le concurrent suédois de Tier, Voi. FreeNow a ajouté en mai les scooters à son bouquet, via un partenariat européen avec l’opérateur espagnol Cooltra, présent en Espagne, au Portugal ainsi qu’en Italie, et qui a manifesté son intention de venir concurrencer Cityscoot en France (l’entreprise a déjà une petite présence en France, mais sur un modèle d’agence de location et non pas de free-floating).

De son côté, l’estonien Bolt a investi 100 millions d’euros dans les vélos et trottinettes électriques en libre-service, qu’il opère lui-même, comme Uber avant son changement de stratégie. Si l’entreprise a raté les lancements de ces offres en France et les a retirées (sauf à Bordeaux avec de petites flottes), elle poursuit une expansion agressive ailleurs en Europe. Notamment en Allemagne, où elle a déployé en mai ses trottinettes dans neuf villes en cassant les prix avec des courses à 5 centimes la minute (contre 15 à 25 centimes chez la concurrence). Les trottinettes de Bolt sont disponibles dans une cinquantaine de villes dans 15 pays européens. L’entreprise veut atteindre en 2021 une flotte de 130 000 vélos et trottinettes électriques.  

Préparer l’avenir réglementaire

Qu’il s’agisse d’opérations internes ou de partenariats, l’intégration d’autres services de mobilité au sein des applis présente de nombreux avantages. D’abord, elle permet aux plateformes de proposer une alternative à la voiture, en particulier pour les trajets les plus courts. Depuis mars, la loi mobilités oblige les applis VTC à afficher à l’avance aux chauffeurs une estimation du prix final de la course avant qu’ils ne l’acceptent, et les autorise à la refuser sans être sanctionnés. Ce qui a pour conséquence une augmentation des refus pour les courses les plus courtes (en dessous de 10 euros), peu rentables pour les chauffeurs. “Nous réfléchissons à une remontée du prix minimum de la course, aujourd’hui à 7 euros sur FreeNow. Les services alternatifs nous aideront aussi à remplacer ces petites courses”, confirme Dimitri Tsygalnitzky. Les services de free-floating peuvent également représenter une alternative au VTC en cas de pic de demande, lors desquels les prix des courses s’envolent, tandis que celui des vélos, trottinettes ou scooters est fixe.  

Ces modes de déplacement supplémentaires permettent aussi aux plateformes de préparer l’avenir et les évolutions réglementaires qui pourraient perturber l’activité VTC, en se dotant d’autres moyens de monétiser leurs utilisateurs. Dernier exemple en date : le projet de la mairie de Paris d’interdire en 2022 les véhicules en transit dans les quatre arrondissements centraux de la capitale, VTC compris, et qui pourrait avoir des conséquences majeures sur le business. Les services de free-floating revêtent également une dimension de communication pour les plateformes VTC, accusées d’augmenter le trafic et la pollution dans les grandes villes : elles peuvent ainsi arguer qu’elles proposent des alternatives propres à leurs clients, en attendant de réussir à faire passer les flottes des VTC en électrique.   

“Nos moyens sont limités, nous souhaitons nous concentrer sur la croissance de l’activité VTC”

Toutes les plateformes ne peuvent cependant pas se permettre cette diversification. Le français Heetch s’est par exemple tenu à l’écart du mouvement, alors qu’il possède pourtant une clientèle jeune et sensible aux prix, qui semble parfaitement adaptée à cette évolution. “C’est vrai que cela correspond à notre cible”, reconnaît le co-fondateur de Heetch Teddy Pellerin. “Cette diversification a aussi un intérêt marketing pour attirer de plus grosses communautés avec des trajets moins chers pour les amener ensuite vers du VTC. Mais nos moyens sont limités et nous souhaitons nous concentrer sur la croissance de l’activité VTC”, poursuit-il.

La plateforme se développe dans plusieurs pays africains, et s’est récemment lancée au Pays-Bas. Teddy Pellerin estime que le retour sur investissement sera meilleur via cette expansion qu’en se diversifiant dans les villes ou Heetch est déjà présent. Ne craint-il pas que son produit mono-service ne devienne à terme inférieur à ceux de ses concurrents avec leurs bouquets de services de mobilité ? “Pour l’instant je ne ressens pas du tout cette pression-là”, assure Teddy Pellerin. “Mais peut-être que ça deviendra le cas et que nous serons amenés à ajouter ces services.” Ajout incontournable ou choix stratégique parmi d’autres, l’intégration des services de free-floating devrait en tout cas faire gamberger les plateformes VTC ces prochaines années.  

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