Laurent David (WineTech) : “Pendant la crise, les ventes ont augmenté de 50% chez les start-up B2C de la WineTech”

JDN. Il y a déjà la FrenchTech, pourquoi fallait-il créer une identité WineTech ?

Laurent David est le président de la Winetech ©  Château Edmus

Laurent David. Dès 2015, on a vu émerger en France un certain nombre de start-up dans le monde du vin mais il était important de passer à la vitesse supérieure en créant une identité commune. C’est ainsi qu’est née l’idée de l’association fin décembre 2019 et qu’elle a vu le jour lors de son lancement officiel lors du salon WineParis-Vinexpo en 2020. Avec la WineTech, nous voulons donner plus de visibilité aux start-up du secteur et attirer les investisseurs. La WineTech, c’est une marque, un label de qualité. C’est pour cela que nous sommes très sélectifs dans notre processus d’adhésion de nouveaux membres. Nous recevons de nombreuses demandes mais il faut qu’il y ait déjà un produit existant. Plus largement, c’est un réseau sur lequel les start-up peuvent s’appuyer. Lors du prochain WineParis-Vinexpo Paris qui j’espère se tiendra en juin, la WineTech aura un stand qui réunira nos membres avec des conférences et des présentations. C’est une façon de montrer que nous avançons en ordre rassemblé.

Quel est votre objectif ? Faire émerger une licorne française de la Winetech ?

Aujourd’hui les géants du secteur comme Vivino, Coravin ou Wine.com ne sont pas français mais nous avons tout en France pour faire éclore le prochain leader de la WineTech. D’un côté nous avons un patrimoine viticole que le monde entier nous envie et de l’autre nous avons des entrepreneurs qui innovent, qui prennent des risques et qui sont agiles. Toutes les pièces du puzzle sont réunies. Mais nous avons encore besoin de la reconnaissance des pouvoirs publics et d’attirer les investissements. Au-delà de l’émergence d’une licorne française, la France a besoin d’innovation pour maintenir son statut de leader mondial du vin.

L’association que vous présidez fête ses un an. Une année marquée par la crise sanitaire. Est-ce qu’elle a permis d’accélérer la digitalisation du secteur ?

Indéniablement ! C’est bien sûr le secteur des ventes en ligne qui a le plus progressé. Pendant la crise, les ventes ont augmenté de 50% chez les start-up B2C de La WineTech ! Avant le premier confinement, le taux de vente de vin en ligne représentait 8 à 9% des ventes en valeur. Il y a fort à parier qu’aujourd’hui ce chiffre atteigne 11 à 13%. Au-delà de la vente, nos start-up ont également participé à la digitalisation des activités des vignerons. Je pense par exemple à la société les Grappes, qui a lancé le collectif JaimeMonVigneron pour donner de la visibilité aux boutiques en ligne des vignerons. Mais aussi Aveine, connue pour son aérateur de vin connecté, qui a lancé le Collectif21 pour aider les vignerons en difficulté à se faire connaître sur les réseaux sociaux via une centaine d’influenceurs et à faire de la vente directe. Ou WineFunding, une plateforme de financement participatif, qui a de son côté proposé des webinars aux vignerons qu’ils aident à financer. Enfin, un salon totalement digital, le “salon des vignerons connectés” a même été organisé en 2020 par Twil, la première place de marché de vin français. Cette crise du Covid a montré à quel point le virage digital était crucial.

On voit émerger toute une jeune génération de vignerons  bio, nature, en quoi est-ce compatible avec la tech ?

Le travail dans les vignes nécessite de plus en plus d’attention et d’anticipation. Et la technologie offre un certain nombre de solutions pour une viticulture de précision. C’est le cas du logiciel développé par la start-up Chouette par exemple qui en alliant intelligence artificielle et prises de vue aériennes permet une analyse de la vigne, pied par pied. En cas de problème, le vigneron peut alors réagir rapidement, et fournir un traitement dosé et ultra-localisé. Il y a également les robots enjambeurs comme Ted, développé par la société toulousaine Naio, ou Bakus développé par VitiBot, qui désherbent mécaniquement donc sans pesticides. De façon générale, les innovations technologiques doivent permettre une production plus durable avec une meilleure gestion des intrants apportés aux sols, une prévention plus précise des maladies limitant ainsi les traitements et un suivi plus stable de la vinification.

Quel regard les géants du secteur portent-ils sur ces jeunes pousses qui viennent secouer le monde du vin ?

Les poids lourds du secteur suivent de très près l’activité de ces entreprises innovantes. Nous avons d’ailleurs créé au sein de la WineTech un comité consultatif de filière pour permettre les échanges entre les start-up et les grands groupes. Nous sommes en contact étroit avec Bernard Magrez (homme d’affaires girondin, propriétaire de 43 domaines viticoles dans le monde, ndlr) qui a lancé un incubateur de start-up viticoles hébergé au Château Le Sartre.

En matière d’innovation, y a-t-il des régions plus actives que d’autres ?

Il y a un grand dynamisme en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et dans les Pays de la Loire. Souvent, les régions qui sont le plus dans la tourmente sont celles qui se tournent le plus vers l’innovation. Mais j’aime bien utiliser cette citation que l’on attribue à John Fitzgerald Kennedy “Le meilleur temps pour réparer sa toiture, c’est lorsque le soleil brille”. Il ne faut jamais attendre pour innover, au risque de se faire dépasser.

Laurent David, ex-directeur commercial d’Apple Europe, est le propriétaire de Château Edmus. Il est par ailleurs aussi investisseur à travers le fonds participatif Wine Angel. Il a pris il y a un an la présidence de la WineTech, une association regroupant aujourd’hui 50 jeunes pousses bien décidées à faire rimer vin et tech.

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